Histoire

LES TEMPS PREHISTORIQUES

Peu de vestiges préhistoriques ont été découverts sur le territoire qui correspond à l’actuel département. Quelques pièces et vestiges du paléolithique et mésolithique ont néanmoins été découvertes près de Saint-Jean-Ligoure et dans les vallées de la Gartempe et de la Vienne. L’avènement de l’agriculture et de nouvelles techniques plus élaborées au néolithique ancien ont permis la découverte de céramiques dans l’abri de la Roche aux fées, à Cieux.

L’installation humaine du néolithique est plus facilement prouvée par différents ensembles mégalithiques, comme le dolmen de la Borderie, à Berneuil (-2 650 av. J.-C.) et à Breuilaufa, et le mobilier funéraire trouvé avec attestant du commerce (flèches, coquillages, parures…).

L’arrivée de l’âge du bronze est illustrée par les haches trouvées à Châlus.

L'arrivée des Romains avec la conquête de la Gaule se fait sur un territoire occupé par le peuple celte des Lémovices, qui donne son nom à la ville de Limoges et au Limousin. 10 000 d'entre eux furent envoyés à Alesia, menés par le chef Sedullos.

Les Lémovices exportent l'or de Saint-Yrieix et l'étain de Glange ou de Vaulry vers l'Armorique ou la Méditerranée. Les milliers d'amphores stockées à Saint-Gence prouvent l'existence d'un commerce du vin.

Après la conquête de la Gaule par Jules César, la romanisation se déroule en douceur. Sous le règne d'Auguste, Augustoritum (littéralement le gué d'Auguste), actuelle Limoges, est fondée sur la Vienne. Forte de sa position stratégique, la cité des Lémovices fait partie de la province Aquitaine, tout comme d'autres agglomérations : Rongomagus (Rancon), Blatomagus (Blond) et Carovicus (Château-Chervix).

Avec les premières tensions extérieures et les invasions barbares, Augustoritum connaît un déclin dès le IIIe siècle.

LES LEMOVICES

LA CHRISTIANISATION

Un réseau paroissial important se constitue dès le IIIe siècle. La période mérovingienne voit apparaître quelques ermites qui aident les évêques dans leur mission évangélique. Le culte rendu à ces hommes après leur mort entraîne le développement de communautés autour de leurs tombeaux, comme à Saint-Léonard, Saint-Yrieix et Eymoutiers.

D'autres communautés apparaissent ensuite, devenant rapidement des pôles religieux et culturels importants : Solignac en 632 fondée par Eloi, et Saint Martial érigée en 848. En 994, les reliques de Saint Martial sont exposées à la vénération des fidèles pour que cesse le “mal des ardents” : ce sont les premières ostensions limousines. A noter aussi la réussite de la Communauté de Grandmont fondée par les disciples d'Etienne de Muret, ermite mort en 1124.

Au cours du XIIe et du XIIIe siècle apparaissent les ordres militaires issus des croisades : les Templiers et les Hospitaliers. Pour répondre aux besoins engendrés par le phénomène urbain et lutter contre toute hérésie, l'Église encourage à Limoges et à Saint-Junien l'installation d'ordres mendiants tels que les franciscains et les dominicains.

En 419, le faible empereur Honorius cède l'Aquitaine aux Wisigoths en 419. Leur domination est de courte durée, car le Franc Clovis s'empare du Limousin après la bataille de Vouillé en 507. Querelles et révoltes se multiplient, et la région est rattachée au duché d'Aquitaine en 674. La vicomté de Limoges est bientôt créée. En 731, la dynastie carolingienne succède aux mérovingiens, Pépin le Bref rétablit l'unité de la Gaule et les principaux combats se déroulent dans la région !

En période de paix, sous Charlemagne, un royaume aquitain créé en 778 est confié à Louis le Pieux. Ce dernier séjourne souvent dans la villa royale de Jucundiacum au Palais-sur-Vienne. Charles le Chauve, en 845, cède l'Aquitaine à Pépin. Les seigneurs du pays, irrités contre Pépin, proclament Charles le Chauve roi d'Aquitaine à Limoges en 848. Les difficultés reprennent dans la seconde moitié du IXe siècle avec l'invasion normande.

Les carolingiens ont fait du Limousin un comté, dont les limites se confondent avec celles du diocèse (un des plus vastes de France). En 927, le comté d'Aquitaine passe sous l'autorité des comtes de Poitiers. Ceux-ci installent dans le courant du Xe siècle un vicomte à Limoges.

LES MEROVINGIENS ET LES CAROLINGIENS

L’ESSOR DE LA FEODALITE

Dès la fin du Xe siècle, le Limousin n'est plus qu'une entité géographique avec un territoire partagé entre plusieurs seigneuries, avec pour conséquence le retour de l'insécurité. Il se pare de châteaux, construits sur des mottes, comme ceux de Châlucet ou Lastours.

Les croisades offrent aux seigneurs limousins un moyen de canaliser leur violence. Le pape Urbain II vient prêcher à Limoges la première croisade en 1095, dans laquelle s'enrôle le chevalier Gouffier de Lastours. La grande préoccupation de l'Église reste le maintien de la paix avec notamment l'instauration de la “Trêve de Dieu” pour laquelle le concile de Limoges de 1031 eût un rôle non négligeable.

Aliénor d'Aquitaine, héritière du duc d'Aquitaine, épouse en secondes noces Henri Plantagenêt, comte d'Anjou et du Maine, duc de Normandie, devenu roi d'Angleterre en 1158. Le Limousin est accolé à l'Aquitaine anglaise et se trouve au cœur des luttes opposant Henri II au roi de France Louis VII, aux rivalités entre le roi d'Angleterre et ses fils ou aux querelles fratricides de ses enfants. C'est d'ailleurs au cours de ses luttes que Richard Cœur de Lion, fils d'Aliénor et d'Henri II, est tué lors du siège du château de Châlus-Chabrol en 1199.

De nouvelles épreuves s'abattent sur la région lorsque le roi d'Angleterre, Edouard II, revendique le trône de France. C'est le départ de la guerre de cent ans. Le Limousin est touché par des bandes de mercenaires qui ruinent les campagnes, comme le fait Perrot le Béarnais en s'installant au château de Châlucet.

Avec la défaite du roi Jean le Bon à Poitiers en 1356 et le traité de Brétigny en 1360, un quart du royaume, dont le Limousin, est abandonné aux Anglais. Mais dès 1369, le roi Charles VI repart en guerre, obtenant en Limousin l'aide de nombreux seigneurs et de la Cité de Limoges. En 1370 le Prince de Galles (le Prince Noir) met la Cité à sac. Malgré cette violence, en 1371, le château de Limoges se rend au roi de France.

Une certaine accalmie succède à ces temps troublés, avant la guerre civile entre Armagnac et Bourguignons et la reprise des offensives anglaises dès 1415. Le Limousin ne compte toujours qu'une seule véritable ville, Limoges, mais on y trouve aussi une cinquantaine de petites villes et bourgs souvent murés, liés à l'essor de lieux de culte desservis par une communauté religieuse, ou à l'essor d'échanges commerciaux sur des itinéraires fréquentés (Le Dorat, Saint-Junien, Saint-Léonard-de-Noblat).

LA GUERRE DE CENT ANS

LA RENAISSANCE

Le Limousin se consacre à la remise en état de son économie. Tanneries et mégisseries se multiplient le long de la Vienne, d'Eymoutiers à Saint-Junien, et s'installent à Bellac. A ces industries traditionnelles s'ajoutent des fabriques de papier, notamment de Saint-Léonard à Saint-Junien et surtout l'imprimerie. Enfin l'émaillerie fait à nouveau le renom de Limoges : le grand émailleur Léonard Limosin exerce son art à la cour de François Ier.

Les villes limousines rétablissent peu à peu des relations commerciales, les marchands fréquentent les foires de Champagne et de Provence et de nouveaux échanges avec Amsterdam et Hambourg pour le papier voient le jour.

Peu avant 1540 la réforme protestante pénètre dans la région. Les marchands propagent le nouveau culte, et quelques seigneurs se convertissent (les Pierre-Buffière). Mais le peuple, très attaché aux cultes des saints, reste fidèle au catholicisme, aussi les premières guerres de religions épargnèrent-elles la région.

Le Limousin est le lieu de la victoire de l’armée royale sur les troupes de Gaspard II de Coligny à la bataille de La Roche-l'Abeille. Ruinés par la guerre, rançonnés et maltraités, les paysans s'insurgent contre les seigneurs. La révolte est écrasée en juin 1594 dans la région de Nexon.

Imposant la paix et protégeant les paysans, Henri IV est accueilli par une foule enthousiaste lorsqu'il entre à Limoges en octobre 1607. La Contre-Réforme entraîne la création de nombreux couvents et ordres religieux, surtout à Limoges.

L'intendant Turgot lance l'industrie porcelainière en 1765, après la découverte de kaolin dans le sud du département, à Saint-Yrieix-la-Perche. Il permet aussi d'améliorer le réseau de transports, la fiscalité et l'agriculture.

LES GUERRES DE RELIGION

L’ABSOLUTISME EN MARCHE

Sous le règne de Louis XIV, la généralité de Limoges, après diverses péripéties, englobe les élections de Limoges, Tulle, Brive, Bourganeuf et Angoulême. L'intendant devient le représentant du roi dans la Généralité.

La qualité des évêques de Limoges, comme François Lafayette mort en 1676, retentit sur le Limousin et étend l'influence du clergé sur les fidèles. “Limoges la sainte” compte désormais une vingtaine de couvents.

Dans le domaine littéraire, Tristan l'Hermite obtient un succès similaire à celui de Corneille avec son chef-d'œuvre “Marianne” ; Marmontel, secrétaire perpétuel de l'Académie française protégé de Voltaire et de Mme de Pompadour reste le plus grand écrivain limousin de cette époque. Après 1775, les idées des philosophes circulent dans la bourgeoisie, relayées notamment par les loges maçonniques, dont la première voit le jour à Limoges en 1760.

La préparation des États généraux convoqués par Louis XVI se déroule dans le calme en Limousin. La Révolution met de l'ordre dans les partages anciens. La création du département et le choix des chefs-lieux suscite de vifs débats au cours desquels les villes développent des argumentaires proches de ceux du XVIe siècle, afin d'obtenir un rang administratif significatif. Au terme des années 1789-1790, émaillée de querelles sévères entre Rochechouart et Saint-Junien, Saint-Léonard et Eymoutiers, sans oublier les intemporels démêlés de Bellac et du Dorat, le statu quo prévaut.

Au temps de la Révolution, les trois départements épousent les limites de la marche et du Limousin, et les villes administratives de l'Ancien Régime le demeurent. Limoges conserve sa prééminence, capitale sans rivale et sans efficace relais provincial.

LA PERIODE REVOLUTIONNAIRE

LA PERIODE MODERNE

Le Limousin accepte sans grande difficulté le Consulat puis l'Empire, qui ramènent l'ordre surtout grâce aux préfets, gardiens de la sûreté de l'état et gestionnaires des intérêts locaux. Il fournit à l'Empire des soldats, dont Jourdan, des grands fonctionnaires, des médecins brillants (Guillaume Dupuytren, Cruveilher) et des savants (Gay-Lussac). La Monarchie Constitutionnelle arrive en Limousin sans enthousiasme mais sans hostilité, tout comme la Monarchie de Juillet. Mais déjà apparaissent les premières manifestations de l'ancrage à gauche du Limousin. Une élite d'ouvriers porcelainiers se constitue et dirige en 1833 la première grève connue à Limoges.

Le 27 avril 1848, éclate l'affaire de Limoges : la ville tombe aux mains des rouges jusqu'au 18 mai et obtient son surnom de “Limoges la rouge”.

Le coup d'État du 2 décembre 1851 ne provoque pas de résistances majeures, mais le Limousin participe à la résistance parisienne au cours de laquelle le Limougeaud Denis Dussoubs est tué sur une barricade.

Sous le Second Empire, un clivage émerge dans le département entre le monde urbain majoritairement républicain et les campagnes du département adhérant de plus en plus au bonapartiste. À la chute de l'Empire, une éphémère Commune est proclamée en 1871. Cependant, comme au niveau national, les élections législatives du 8 février 1871 voient la victoire sans appel des forces monarchistes dans le département, avec 6 sièges sur les 7. En 1876, les Républicains remportent très majoritairement les élections législatives dans le département.

La région connaît toujours une bonne santé économique (arrivée du chemin de fer en 1856, agriculture en expansion avec les bovins, production textile), permettant à la population d'augmenter : Limoges dépasse les 90 000 habitants à la veille de la Première Guerre mondiale, la Haute-Vienne compte plus de 300 000 âmes.

Les idées politiques (socialisme et communisme) se développent en Haute-Vienne ; on assiste à l'essor du syndicalisme (c'est en effet à Limoges qu'est créée la CGT en 1895). Les grèves de Limoges de 1905 font un mort, Camille Vardelle.

La Première Guerre mondiale tue un grand nombre de jeunes Haut-Viennois, et développe l'industrie de la chaussure et des draps, tout en réduisant l'activité porcelainière. Elle provoque une hausse des prix, entraînant des grèves. La guerre façonne une image négative du Limousin : on y “limoge” les généraux incapables.

La Seconde Guerre mondiale voit naître un important réseau de résistants, dirigé par Georges Guingouin, au sein du maquis du Limousin. Certains limousins rejoignent le général de Gaulle à Londres. À la fin de 1944, le département compte 14 992 FFI. La bataille du Mont Gargan voit environ 10 000 d’entre eux affronter les Allemands pendant plus de dix jours. Le massacre d'Oradour-sur-Glane, le 10 juin 1944, rappelle la dureté et l'horreur du conflit.

LA PERIODE CONTEMPORAINE