Le tireur / Glendon Swarthout

Gallmeister, 2016

« Il tenait un revolver encore chaud dans la main, sentait la morsure de la fumée dans ses narines et le goût de la mort sur sa langue. Le cœur haut dans sa gorge, le danger derrière lui – et puis la sueur soudaine et le néant, et la sensation douce et fraîche d’être né. »

1901, Lorsqu’il arrive à EL Paso, John Bernard Books, dernière grande gâchette du Far West, se sait condamné. Vautré sur un coussin qui n’atténue que peu les cahots du cheval, Books vient voir un médecin qui l’avait sauvé jadis d’une mauvaise balle, dans l’espoir d’un miracle. Mais la douleur ne ment pas, et Books, conscient de n’être plus qu’un anachronisme dans le monde violent qu’il voit apparaître, n’a plus que quelques semaines à vivre. Coincé dans une chambre d’hôtel par un cancer de la prostate en phase terminale, animal en cage, phénomène de foire, il sait qu’il est une cible pour tous les rapaces avides de se faire un nom. Ultime vestige d’un monde en train de sombrer, que la société entend bien voir disparaître aussi vite que possible afin d’entrer dans la modernité, le tueur devient peu à peu une étrange victime. Books est faible, certes, mais il est aussi méchant, sans scrupules ni pitié, vorace, et surtout de mauvais poil, parce qu’il a mal, et il entend bien partir comme il a vécu, fièrement, et choisir sa fin.
Voici sans aucun doute l’archétype du western crépusculaire, adapté au cinéma sous le titre « Le dernier des Géants » par Don Siegel en 1976, et qui est selon Claude Mesplède « un des plus extraordinaires récits sur la mort de toute la littérature ». On ne peut mieux dire. En effet point de misérabilisme ici, mais simplement le récit d’un homme qui, ayant défié la mort toute sa vie, doit maintenant apprendre à l’affronter, et s’humanise en acceptant l’inévitable. A lire au moins pour la scène finale, quelques millisecondes de fusillade qui courent sur quinze pages dans un tonnerre assourdissant.

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