La voix secrète / Michaël Mention

10/18 (Grands détectives), 2017

Une balade dans Paris, ça vous tente ? Bof ? La tour Eiffel, le Louvre, le pont des Arts, vous connaissez déjà ? Rassurez-vous. Ici, c’est Michaël Mention qui sert de guide. Alors, forcément, il vous fera emprunter des voies secrètes, loin des circuits touristiques et des clichés de cartes postales. Les abattoirs, les Halles, les bars interlopes où l’on consomme prostituées, absinthe ou opium… c’est dans le Paris des bas-fonds, au XIXème siècle qui plus est, qu’il oriente sa visite. La Ville Lumière sent la charogne, la sueur, les déchets en tous genres.

En 1835, la capitale est en pleine mutation. Le progrès technique permet aux enfants d’être employés dans les nouvelles manufactures, leur évite de perdre leur temps à apprendre à lire. Les attentats républicains font rage et Louis-Philippe veille à sévèrement réprimer les ingrats. La guillotine fonctionne encore à plein régime, souvenir d’une autre Révolution, pas encore industrielle.
Dans ce Paris qui grouille et gronde, des corps d’enfants décapités sont retrouvés. La populace s’émeut. La police, bien qu’ouverte à de nouvelles méthodes scientifiques, telle la phrénologie, s’enlise. Les séances de spiritisme ne donnent guère plus de résultats. Une seule piste : les petites victimes portent les stigmates de meurtres célèbres, ceux perpétrés par Lacenaire. Pour l’heure, incarcéré à la Conciergerie, l’assassin lettré misanthrope attend qu’on lui coupe la tête et qu’on le délivre enfin de ses semblables. Dans sa cellule, il espère son suicide assisté et patiente en rédigeant ses Mémoires. Il devra aider le chef de la Sureté, devenu son ami, dans l’élucidation de ces infanticides. L’Histoire se fait enquête. La figure d’Hugo se mêle à l’élite des limiers parisiens, non moins fameux.
Il faut beaucoup de finesse pour toucher l’âme profonde d’un autre siècle sans tomber dans l’écueil d’une pédagogie laborieuse. Mention n’en manque pas, assurément. En pénétrant l’esprit de Lacenaire, il nous épargne l’étalage d’une documentation qu’on devine poussée. Par petites touches, les états d’âme, les mots d’esprit du bandit flamboyant s’insinuent et se font critiques d’une période à la mesure de sa déception. Lacenaire est désespérément lucide. Bourgeoisie arriviste autant que misère crasse le dégoutent et l’ennuient. Les clameurs d’une cité dans la tourmente lui parviennent, lui inspirent commentaires et sarcasmes, et font de ce roman noir historique un récit palpitant en plus d’être instructif.

Marianne Peyronnet

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