Jeunes loups de Colin Barrett

Rivages, 2016

Les garçons ont des cous de taureaux, des coupes de cheveux ringardes, des visages tachetés de son. Ils sont plongeurs, videurs, manutentionnaires, au mieux champions de boxe ou de billard, dans leur coin de campagne.

Les filles de quinze ans en paraissent vingt. Elles sont trop maquillées. Leurs mini jupes et leurs tops trop ajustés laissent entrevoir un ventre laiteux. Elles sont serveuses. Le prince charmant ne s’appellerait-il pas Dympna ou Killian ?

On est en Irlande, dans une petite ville trop loin de Dublin, trop loin même de Galway pour s’imaginer un avenir radieux. Avant, ici, on rêvait d’Amérique. Maintenant, on ne rêve plus. Le pub ne désemplit pas. Ça y sent la sueur et on y parle fort. Il fait froid dehors et il faut bien soigner sa gueule de bois de la veille. Se bagarrer un peu, entretenir sa réputation. Tout le monde se connaît mais on ne sait jamais. Peut-être que ce soir, elle viendra. Celle à la peau diaphane et aux boucles auburn, aux yeux de biche. Celle qui partira bientôt à Futéland faire des études et ne reviendra pas.

Les jeunes loups de Colin Barrett sont tous un rien bancals, tordus. Ils vivent de trafics minables et de paris stupides. Ils sont coincés dans une Irlande en ruine et ne s’émeuvent plus de la beauté des paysages. Et pourtant. Ils sont vivants. L’amour est toujours possible, et peut-être la fuite. Dans leur pupille bleu azur scintille l’étincelle de la rage.
Sept nouvelles pour dire un mal être qui, s’il est bel et bien irlandais, n’en prend pas moins des teintes universelles. Celui de cet âge flou où l’on n’est pas encore adulte, où l’on comprend, douloureusement, que notre vie ne dépendra pas de nos choix.

Postez votre commentaire :

Retour aux chroniques