J’ai volé la pluie / Elisa Ruotolo

Cambourakis, 2018.

Pour s’être découvert de la magie au bout des pieds et avoir mené pour la première fois son équipe à la victoire contre les terribles Faucons Aveugles du bourg voisin, Federí devient Légende. Et même Très Légende, selon les saines lois de l’hyperbole qui fait les plus beaux scores.

Repéré par les instances footballistiques, il intègre une école prestigieuse et apprend à ses dépens qu’il s’y pratique un football étrange, où il est interdit de toucher le ballon avec la main ou de frapper ses adversaires, sous peine de s’attirer les foudres d’une sorte d’espion vêtu de noir.

Le ton est donné de ces trois longues nouvelles : alerte et plein de tendresse rentrée pour le petit peuple de Campanie qui vivote avec philosophie de combines innocentes en expédients foireux. La vieille Maria trafique de l’or sans certificat en s’efforçant d’oublier son fils mystérieusement disparu à l’âge de cinq ans, et voici qu’il débarque un matin… Le muet Cesare n’ose avouer son amour à la jolie Silvia, malgré les manœuvres du narrateur pour accélérer les choses… et tout cela fait des vies entières, majuscules quoi qu’on en dise et traversées de grâce aussi bien que tant d’autres mieux loties. Elisa Ruotolo, née en 1975 et dont J’ai volé la pluie fut le premier recueil, leur rend justice à petites touches, avec tout ce qu’il faut d’humour pour ne pas offenser leur pudeur mais sans jamais barguigner sur le style, limpide autant que le son de cette radio toute neuve, « (…) si net et si clair que l’appareil semblait alimenté non par le courant, mais par de l’eau de Javel. »

Loin de tout naturalisme et des clichés misérabilistes ou crapuleux souvent associés à l’Italie du sud, elle peint avec empathie ces quartiers populaires que l’on devine un peu branlants, ne sachant choisir entre campagne et faubourg et tout envahis d’herbes folles. Des herbes folles dont Elisa Ruotolo, avec beaucoup de finesse, se fait ici la bienveillante et paradoxale jardinière.

Yann Fastier

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