Homo sapiens, de Nikolaus Geyrhalter

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Qui ne garde un souvenir ému des soirées diapos de notre enfance ? Tiens, là, c’est maman, qui pose près de la Dauphine… Là, c’est papa, qui fait l’idiot comme d’habitude. Et tante Lisette, et les cousins sous la tente… Depuis qu’on ne trouve plus de projos que sous la poussière des greniers, ce genre de réunion s’est fait aussi rare que les albums de famille. Heureusement, Nikolaus Geyrhalter est là pour réinventer le concept. Moins la famille.

Documentariste connu pour son exigeante objectivité (quelques-uns de ses films - d’une durée moyenne de trois heures debout sur un pied - étaient encore tout récemment visibles sur Tënk), Nikolaus Geyrhalter livre avec Homo Sapiens son œuvre la plus radicale, soit une lente succession de lieux et de bâtiments dévastés, pris en plan fixe et vides de toute présence humaine. Aucun commentaire : hôpitaux, salles de spectacle, usines, bibliothèques… on ne saura rien de ces endroits, ni ce qu’ils furent ni où ils se trouvent ni pourquoi ils ne sont plus. Certains ont l’air d’avoir été abandonnés la veille en pleine panique, d’autres achèvent tranquillement d’être rendus à la nature, aux plantes, aux oiseaux. Le bruit du vent, celui de l’eau, un battement d’ailes comme seule bande-son, étrange et sereine partition concrète en hommage au silence revenu, une fois les hommes et leur fureur en allés. Sic transit gloria mundi : le goût des ruines n’est pas nouveau, ni leur valeur d’avertissement. Avec une force poétique certaine, Nikolaus Geyrhalter remet le tout au goût du jour sans jamais rien imposer au spectateur, libre d’en tirer ou non une morale. Tirons-la pour notre part : rien de ce que nous bâtissons n’est éternel semblent dire ces murs lépreux, ce métal tordu, ces toitures crevées. Nous ne faisons que passer, nous le sommes déjà, il faudra bien s’en rendre compte et l’accepter. La Terre n’a pas besoin de nous.

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