Du côté d’Orouët, de Jacques Rozier

1969

Joëlle, Karine, Caroline : deux cousines et une copine, trois midinettes en septembre à Saint Gilles Croix de Vie, dans une vieille villa sur le front de mer. Tout se passe bien, entre pêche à pied, bronzettes et crises de rire, quand débarque « par hasard » Gilbert (Bernard Menez, tout jeune), le chef de bureau de Joëlle, amoureux transi de cette dernière.

Le malheureux ne sait pas où il a mis les pieds… D’un argument pareil, on aurait pu attendre le pire si Jacques Rozier n’avait été derrière la caméra. Entre Adieu Philippine et Les naufragés de l’Île de la Tortue, Du côté d’Orouët enchante encore une fois par sa fraîcheur et son naturel. Rien ne semble jamais préparé d’avance, tout semble improvisé par des actrices en roue libre et ravies de faire les folles. On rit sans le secours du moindre gag, on se retrouve à pleurer sans bien savoir pourquoi. Populaire sans vulgarité, intelligent sans en avoir l’air, le cinéma de Jacques Rozier se joue des catégories et c’est peut-être ce qui fait de lui le plus inclassables des représentant de la Nouvelle Vague. L’un des plus délicats, en tout cas, qui n’a pas son pareil pour capter une lumière, une saute d’humeur, saisir un regard, laisser traîner la caméra avec juste ce qu’il faut de paresse pour faire sentir le temps qui passe et, d’un film trop long, faire un film trop court. Comme les vacances, en somme, et comme la vie.

Yann Fastier

Postez votre commentaire :

Retour aux chroniques