Comment dessiner un roman, de Martín Solares

Bourgois, 2018 Traduit de l’espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot

Non, non, ce n’est pas une question : sous ce titre paradoxal, ce petit livre vous apprend vraiment à dessiner un roman. Ou, plutôt, à le visualiser sous la forme d’un petit diagramme assez joliment décoratif. Après tout, pourquoi pas ?

D’autant qu’il vous en apprendra bien d’autres au passage, sur les premières et dernières phrases de romans, sur les personnages et leur naissance tourmentée, sur la troublante corrélation de l’histoire du roman et la longueur des automobiles, les séries télés comme ultime refuge du romanesque et le Pedro Páramo de Juan Rulfo. Peut-être, à la réflexion, ne vous apprendra-t-il rien, pour peu que vous soyez déjà féru de théorie littéraire ou que vous ayez fait des études. C’est sans importance : ces miniatures d’essais ne se fixent pas d’autre but que de faire aimer le roman, genre paradoxal entre tous, qui règne sur les Lettres tout en se laissant traîner dans la boue par tout ce qu’elles comptent de puristes (à commencer par Breton et Valéry). Martín Solares n’est pas un puriste. Romancier lui-même (Les minutes noires, N’envoyez pas de fleurs), critique, éditeur, c’est d’abord et avant tout un enthousiaste. Et son enthousiasme est communicatif. Pénétré de « (…) l’intime conviction que les romans ont la faculté de penser », il incline à titiller la nôtre sans prétendre rien révolutionner. On ne cherchera donc pas ici de définition pontifiante de l’objet romanesque, aucune tentation de toucher à une quelconque essence racornie par les certitudes, mais une pure passion papillonne qui, de livre en livre et d’auteur en auteur, goûte à tous les plats sans jamais cracher dans la soupe, avec un beau brin de malice et pas mal d’érudition. Au point que même la copieuse bibliographie qui, chez bien d’autres, nous ferait tristement mesurer notre inculture, prend ici des airs de joyeuse explosion de pollen.

Yann Fastier

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