Western / Valeska Grisebach

Un groupe d’ouvriers allemands est envoyé en Bulgarie pour construire un barrage. Avec les habitants de cette zone rurale, frontalière de la Grèce, la méfiance est réciproque les relations s’avèrent rapidement difficiles quand les uns et les autres ont besoin d’une eau devenue rare avec l’été.

Seul Meinhard, l’un des ouvriers, parvient à gagner la confiance des autochtones, au point de passer pour un traître aux yeux de Vincent, le chef de chantier.

Tout comme pour My sweet pepperland d’Hiner Saleem, il semble que les meilleurs westerns contemporains aient fui le Far West. Si la réalisatrice avoue s’être inspirée des structures traditionnelles du western, on est bien loin, toutefois, de l’univers débridé et doucement loufoque du réalisateur kurde. Western est un film rêveur, taiseux, même, à l’instar de son héros, dont on ne saura finalement pas grand-chose. A-t-il réellement été légionnaire ou bien l’a-t-il seulement dit pour se sortir d’une situation potentiellement risquée ? Il fuit la violence, mais semble pourtant capable de s’y livrer quand le besoin s’en fait sentir… Il restera bien des parts d’ombre, mais c’est sans importance. Les ficelles du scénario sont ici volontairement lâches, la progression s’y fait par à coups, à petite touches heurtées contre la barrière jamais tout à fait dépassée de la langue, dans les brisures d’un été dont la chaleur menace à tout moment d’éclater en incendie.

Entièrement tourné avec des acteurs non professionnels – d’authentiques ouvriers est-allemands et les habitants d’un village bulgare – Western est également un film en cours de construction, où l’improvisation a une part importante. Si cela lui confère une vérité parfois proche du documentaire, il n’en perd pas en intensité pour autant. Et s’il est évidemment possible d’en faire une lecture politique (sur le rapport colonial des pays riches envers leurs voisins moins chanceux), il n’en reste pas moins avant tout une très belle histoire d’hommes, où les visages et les attitudes ont autant de présence et de prestance que les paysages. L’aventure est là, à chaque plan, sans manichéisme et sans John Wayne.

Yann Fastier

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