Minuit à contre-jour ; L’alignement des équinoxes 3

Sébastien Raizer. Gallimard (Série noire), 2017

Dernier voyage halluciné, glaçant, mettant un terme à la trilogie des Equinoxes, Minuit à contre-jour explore avec virtuosité les failles du monde moderne et au-delà.

Puissante critique du politique, mise en garde contre l’avènement d’une société dominée par les sciences dures, le voyage n’est pas de tout repos. La résolution de l’intrigue, si elle est effective, efficace, ne saurait contenir à elle seule l’intérêt d’une lecture exigeante. Bien sûr, on a envie de connaître le dénouement d’une histoire prenante, portée par des personnages auxquels on s’est attachés. Bien sûr, le destin de Wolf et Silver nous importe. Mais ce sont les sensations, les émotions qui prennent le pas sur les faits, aspirés que nous sommes dans un tourbillon de désolation, une boucle infinie de peine. L’humain porte en lui une inclination autodestructrice que le développement technologique lui permettra de réaliser avec application. Le futur est déjà là, paranoïaque et froid, incompréhensible aux masses, assujetties. Comment démêler le vrai du faux, l’information de la rumeur ? Raizer joue à nous perdre, expose théories du complot, techniques de manipulation mentale, réelles, supposées ou inventées, créant un chaos psychotique terrifiant. On est désorientés, largués dans un univers aussi flippant qu’un trou noir. Les mondes virtuels ont-ils déjà remplacé notre réalité ? On se pose tant de questions, notre cerveau est assailli de tant de messages contradictoires qu’on a l’impression d’être nous-mêmes sous l’influence d’une drogue hallucinogène, tel Wolf, sur son lit d’hôpital luttant pour éliminer la neurotoxine de son organisme. Les intelligences artificielles vont-elles nous remplacer ? Allons-nous devenir des robots incapables de distance, répondant à des stimuli extérieurs imposés ? Où est l’humanité ? La réponse est là, en creux : dans notre obstination à aimer. Dans le souvenir de nos morts, qui nous portent. Notre humanité est dans les ciels de Sébastien Raizer. Alors oui, on quitte avec regret cette galaxie fascinante, cette mythologie empreinte de philosophie et de martialité japonaises, ces héros charismatiques et purs, ces êtres de chair et de sang, mais ils ne nous quittent pas tout à fait. Longtemps après avoir refermé l’ultime volet de L’alignement des équinoxes, Wolf, Silver, Diane, Karen, la Vipère continuent d’exister et nous hantent encore.

Marianne Peyronnet

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