La terreur / Jean-Clément Martin

La terreur / Jean-Clément Martin

La collection Vérités et légendes, chez Perrin, s’empare de grands thèmes historiques et interroge nos certitudes à leur propos. Démonter les mythes, présenter les derniers points de vue, proposer une synthèse des débats les plus récents, voilà à quoi s’attache Jean-Clément Martin au sujet de la terreur, dans un travail de vulgarisation très pédagogique.

Objet d’exagérations et d’approximations, il faut bien dire que la terreur se prête volontiers à l’exercice. A-t-elle été un mal nécessaire, combien a-t-elle fait de victimes ? Et première question d’entre toutes : a-t-elle seulement existé ? Rien de moins sûr, selon J.C. Martin, qui souligne qu’elle « aurait été » promulguée le 5 septembre 93, mais que s’il est généralement admis qu’elle se clôt à la mort de Robespierre, elle ne figure dans aucun texte de loi avant la date du découpage de ce dernier en deux morceaux, le 27 juillet 1894. Robespierre le sanguinaire n’aurait donc pas, en tout cas pas officiellement, et pas à lui seul, instauré la Terreur (faut-il d’ailleurs l’écrire avec une majuscule ?) comme forme de gouvernement. Réprimer sévèrement ses ennemis, faire de leur exécution publique des exemples, voilà qui, de toute façon, n’était pas nouveau dans l’Histoire. Ces méthodes furent couramment utilisées par les Rois de France et l’Eglise au cours du 17 et 18ème siècle ; sorcières, intrigants ou nègres ayant souvent fait les frais de l’effroi. Une première vague de Terreur révolutionnaire aurait d’ailleurs fait couler beaucoup de sang en 1791 et 1792, date à laquelle Guillotin conçoit son engin célèbre afin de soulager les condamnés. En septembre 93, Robespierre n’instaure pas la Terreur ; à cette période, la violence est une demande des Sans Culottes et des Jacobins les plus radicaux à laquelle se plie la Convention. Celle-ci cherche à asseoir sa légitimité contestée en donnant aux représentants « directs » du Peuple ce qu’ils veulent. Les tensions sont fortes entre les forces en présence. Ce n’est qu’en 1794 que Robespierre, mettant fin à de nombreuses exactions perpétrées en régions, en marge de la légalité, institue « la Convention nationale comme le centre unique de l’impulsion du gouvernement ». En décembre, la Convention suspend la Constitution et confisque tous les pouvoirs sans contrepartie. C’est ainsi la concentration des pouvoirs qui change le rapport à la Terreur, qui crée les conditions pour qu’un homme, Robespierre, en soit tenu pour seul coupable. Sa personnalité, intransigeante en diable ; ses menaces larvées contre les athées lorsqu’il érige la fête de l’Etre Suprême ; ses erreurs tactiques, font que beaucoup chercheront, de son vivant et ensuite, à altérer son image, le faisant unique responsable des exécutions capitales. Mais ce n’est là qu’une des nombreux points sur lequel l’auteur s’efforce d’apporter un éclairage.
Composé de courts chapitres, agrémentés de beaucoup d’exemples et contre argumentaires, le livre de J.C. Martin revisite la « légende » de la Terreur, source encore aujourd’hui de multiples fantasmes. Sans réhabiliter le personnage de Robespierre, il l’éloigne du tyran sanguinaire, devenu fou, détenteur à lui seul d’un pouvoir démesuré, coupable à lui seul d’un carnage inscrit dans la loi. Il rappelle aussi que la Terreur a été, et reste, un instrument pratique pour rejeter en bloc toute la Révolution.

Marianne Peyronnet

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