La planète sauvage / René Laloux

D’après les dessins de Roland Topor.- 1973

Il y a très longtemps (pour certains), 45 ans environ, sortait un film d’animation qui a fait date dans l’histoire du cinéma français. Il s’agissait d’un dessin animé qui s’adressait pour la première fois aux adultes. En effet le propos ainsi que l’animation dynamitait les codes et plaçait enfin la France parmi les meilleurs créateurs dans le genre.

Inspiré d’un roman de science fiction de Stefan Wul, « Oms en série » paru en 1957, le film, réalisé par René Laloux, nous fait voyager sur l’étrange planète « Ygam » peuplée de « Draags », des humanoïdes implacables à l’intelligence supérieure qui maintiennent en esclavage les « Oms », une espèce animale, la nôtre, inférieure et manipulable. René Laloux, dessinateur, peintre et sculpteur sera un des premiers réalisateurs en France à défendre le long métrage d’animation. Depuis le début des années 60, il collabore avec un autre fameux dessinateur aux talents multiples, Roland Topor. Ce duo mythique crée en 1964 le court-métrage « Les temps morts » et surtout, l’année d’après, le multi-primé « les escargots ». Mais leur folle aventure commence réellement lorsque Laloux décide de se lancer dans la création du premier dessin animé français à destination des adultes et dans un genre encore plutôt mal vu à l’époque, la science fiction. Lorsque le film sort en 1973, c’est effectivement une révolution. La technique d’animation en papier mâché d’après les dessins de Topor crée un climat surréaliste et oppressant tout à fait saisissant. Pour ceux qui l’ont vu, qui ne se rappelle pas du gros doigt bleu qui envahit l’écran dans les premières secondes du film ? Terrifiant ! Les humanoïdes bleus et les Oms évoluent dans un décor fantastique constitué de plantes vénéneuses extraordinaires et d’un bestiaire imaginaire menaçant et délirant qui peuple également la planète. Un régal pour les yeux d’autant que les références picturales abondent, de Bosch à Dali entre autres. Une fabuleuse partition musicale, un brin psychédélique, signée Alain Goraguer, amplifie la dimension poétique de l’œuvre, le tout étant mis au service d’une réflexion sur la condition humaine et sur les dérives du pouvoir politique. Primé à Cannes à l’époque, salué par les critiques et spectateurs d’alors, le film devient avec le temps un objet de cinéphilie chéri par certains, oublié par les autres. Depuis, Avatar et tant d’autres sont passés par là… Mais justement à l’époque, il s’agissait déjà de déboulonner Disney de son piédestal ! Quant au sujet du film, à la lumière de notre société actuelle, nous pouvons réellement nous demander s’il a tant vieilli que cela ?

Cécile Corsi

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