La grande panne, de Hadrien Klent

Le Tripode, 2016

La mystérieuse explosion d’une mine de graphite abandonnée soulève un gigantesque nuage de poussière qui risque de provoquer incendies et explosions au contact des lignes à haute-tension. En attendant que le danger soit passé, le gouvernement français décrète un black-out total des installations électriques et se replie sur l’île de Sein.

La mystérieuse explosion d’une mine de graphite abandonnée soulève un gigantesque nuage de poussière qui risque de provoquer incendies et explosions au contact des lignes à haute-tension. En attendant que le danger soit passé, le gouvernement français décrète un black-out total des installations électriques et se replie sur l’île de Sein.
D’un argument comme celui-là, un Clive Cussler vous aurait tiré 700 pages d’action testostéronée, avec pyrotechnies diverses, apothéose guerrière et rappel final des saines valeurs de la famille. Mais Hadrien Klent est français : en bon arrière-petit fils de Voltaire, il préfère instruire en amusant. Entre franche rigolade et politique-fiction, La Grande panne, roman pré-apocalyptique, a du mal à garder son sérieux sans jamais toutefois verser dans la satire pure et simple. Tous les ingrédients sont pourtant là : un président trop hollandais pour être tout à fait sarkozyen, un journaliste diplômé qui redécouvre les joies de la ronéo, un antiquaire du Maine-et-Loire, agent des Américains à l’insu de son plein gré, un révolutionnaire en peau de lapin bien décidé à profiter de la panne pour donner un coup de pouce à l’insurrection qui tarde à venir… Néanmoins, l’auteur prend bien soin de ne jamais pousser Mémé trop loin dans les orties et tout reste au fond plus ou moins vraisemblable dans ce roman pince-sans-rire et plus mélancolique qu’il n’y paraît d’abord. Face à la mer, en congé d’une catastrophe annoncée dont le pays s’accommode somme toute assez bien, l’action, ne sachant plus très bien quoi faire de ses dix doigts, cède volontiers la place à la tendresse. Rien n’a tellement d’importance, au fond, sinon l’amour et l’amitié : voilà quelle pourrait être, en définitive, l’unique leçon et la seule véritable politique d’un livre qui renvoie volontiers dos-à-dos le pouvoir et ceux qui le contestent.
A tort ?

Yann Fastier

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